Les Chroniques de VJC

31 août 1870, Bazeilles...Dans la bataille ou la tempête !

Bazeilles, le 31 août 1870. Nos adversaires ont la supériorité du nombre, la supériorité de l’armement, la supériorité de la position, la supériorité du commandement. Ça se présente plutôt mal pour les Français ! Le village est occupé par la division d’infanterie de marine. Bien que très inférieure en nombre, la Division Bleue résiste aux assauts des Bavarois avec bravoure et acharnement. Quand ils n’ont plus de munition, nos marins chargent à la baïonnette. Les Français ne cèdent que mètre par mètre.Bientôt, les hommes encore valides se retranchent dans une maison où ils se barricadent et continuent la bataille jusqu’à l’épuisement de leurs munitions : la Maison de la Dernière Cartouche. Nous sommes donc le 31 août 1870. La 2e Brigade du Général Martin des Pallières doit reprendre Bazeilles qui vient de tomber aux mains de l'ennemi. Bazeilles est un lieu stratégique et les Bavarois encerclent déjà le village. Vers 16 heures, la 1ère Brigade du Général Reboul prends parts aux combats.

A la tombée du jour, le Général de Vassoigne confie la défense Bazeilles au Commandant Lambert. L'essentiel de ses troupes se replie sur les hauteurs de Balan et de la Moncelle. Dans la nuit, les Bavarois construiront discrètement un pon flottant dans le but de tenter une nouvelle attaque. Pendant ce temps, le Commandant Lambert aura eu le temps de s’organiser solidement. Le 1er septembre à 4 heures du matin, voilà déjà une bonne heure que les soldats allemands sont réveillés. Dans le silence le plus total, ils s’activent. Dans la pénombre, ils chargent le feu de camp et se dirigent vers Bazeilles. Rein ne doit indiquer aux Français que les soldats du Général Von der Thann ont quitté le camp. Bazeilles semble dormir … Mais l’intrusion de l’ennemi est-elle vraiment passée inaperçue ? Les Bavarois entrent donc dans le village. Silencieux, ils observent chaque recoin sombre, prêts à tirer…Les rues sont désertes. Bazeilles semble abandonné … Que le calme peut être trompeur ! En effet, les meilleurs combattants français attendent patiemment l’arrivée de l’ennemi, à l’affût. La Division Bleue doit défendre le village, coûte que coûte !Sans s’en douter, les Bavarois tombent dans le piège français …Posté à une fenêtre, le Lieutenant Sériot, tireur d’élite, abat un à un les Bavarois surpris. Bientôt, la moitié de l’unité gît au sol, dans une mare sanglante.La bataille est de plus en plus acharnée, les soldats allemands sont deux fois plus nombreux que les français …Des habitants de Bazeilles participent aux combats aux côtés des Troupes de Marine.

Les Français s’acharnent ! Quand leurs fusils sont vides, ils chargent à la baïonnette. Toutefois, malgré les efforts, l’entêtement et le courage de nos Marsouins, les Bavarois gagnent du terrain. Ils avancent inéluctablement, de maison en maison, puis de rue en rue …Les Français savent qu’ils ne tiendront plus longtemps tant la lutte est inégale.Vers 7 heures, le Général de Vassoigne, toujours très calme, estime que sa mission est maintenant aaccomplie, que « l’infanterie de marine a atteint les extrêmes limites du devoir » et qu’il ne doit pas faire massacrer une telle troupe, susceptible de rendre encore des services. Vers midi, il fait sonner la retraite.

Afin de couvrir la retraite des derniers soldats, les combattants encore valides se retranchent peu à peu dans une maison isolée à la sortie du village.Ils sont maintenant une quarantaine sous les ordres du Commandant Lambert.Mais un problème grave se fait bientôt ressentir … Après deux jours de combat et un seul ravitaillement, les munitions viennent à manquer !Bientôt, on fouille les morts et les blessés pour trouver une trentaine de cartouches au fond de leurs poches.Avec la rage du désespoir, cette poignée de soldats continuent à lutter bien que la maison soit en feu.La dernière cartouche sera tirée par le Capitaine Aubert.A bout de munitions, le Commandant Lambert propose à son unité de se rendre, ce qu’elle fait. Le Commandant Lambert, blessé, sortira le premier après avoir dit à ses hommes : « Si on me tue, il n’y aura plus rien à espérer, mais il sera encore temps de vendre chèrement votre vie ».

Quand Lambert sort, les Bavarois sont là, prêts à faire un mauvais sort à ceux qui leur ont tant compliqué la tâche, mais ils sont arrêtés net par le Capitaine Lissognolo. Il ordonne de laisser leur sabre aux officiers français.Le Général Von der Thann confirmera plus tard cet ordre en y ajoutant tout son respect et son admiration pour d’aussi vaillants combattants.La bataille est terminée, après plus de 7 heures de lutte acharnée. Bazeilles est aux mains des Bavarois. En quelques heures, Bazeilles s’est transformé en un champ de ruines fumantes.La Division bleue a perdu 2 655 des siens dont 100 officiers.

Depuis 1986, Fréjus accueille chaque année le rassemblement de la grande famille des troupes de marine, le 31 août, jour de la fête des troupes de marine. A Fréjus, la célébration de Bazeilles est ainsi l'occasion de renforcer l'esprit de corps de l'arme des Troupes de marine et de manifester sa cohésion. Fait exceptionnel, cette commémoration est suivie du pèlerinage sur les lieux mêmes des combats du 31 août et du septembre 1870. A Bazeilles. la cérémonie reste le symbole de la continuité du souvenir. avec l'évocation des combats de la Division Bleue qui lutta jusqu'à la dernière cartouche. Témoignant du lien très fort qui unit ces deux pôles de la mémoire des troupes de marine, la crypte du Musée des Troupes de marine à Fréjus garde une urne contenant des reliques de Bazeilles, en homrnage aux 400 000 soldats des troupes coloniales et des troupes de marine morts pour la France sous l'ancre d'or La fidélité à leur mémoire, le rappel de leur idéal et la célébration de leur sacrifice exemplaire renforcent aujourd huile lien armée-société civile. Les villes de Fréjus et Bazeilles sont jumelées depuis 1990 et baptisées Capitales des Troupes de marine .

A ce haut fait, marsouins et bigors attachent l’origine légendaire de certaines particularités de l’arme : port du képi et de la cravate noirs et suppression des tambours, mesures qui, d’après la tradition, auraient été prises au lendemain de Bazeilles en signe de deuil et pour commémorer le souvenir de ceux qui préférèrent mourir plutôt que de se rendre. Chaque année, pour l’anniversaire de ce fait d’armes, un solennel hommage est rendu à ceux qui en furent les héros, hommage auquel les troupes de marine d’aujourd’hui, comme les troupes coloniales d’hier, ne manquent jamais d’associer le souvenir de leurs anciens, de leurs chefs et de leurs camarades de 1914-1918, de 1939-1945 et de toutes les campagnes d’au-delà des mers. Et au nom de Dieu...vive la coloniale !

Publié le 31/08/2017

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